( Le Devoir - Claude Lévesque ) -
Dans son discours d'investiture prononcé devant environ deux millions de personnes à Washington et retransmis à plus d'un milliard de téléspectateurs à travers le monde, Barack Obama a demandé hier aux Américains de puiser dans leur force de caractère et de s'inspirer des idéaux des pères fondateurs pour «refaire l'Amérique». Prenant toute la mesure du contexte de crise dans lequel il assume ses fonctions, le premier président noir des États-Unis a appelé ses concitoyens, gouvernants comme gouvernés, à prendre leurs responsabilités dans un monde en profonde mutation.
D'entrée de jeu, le nouveau président a avoué qu'il se sentait «humble devant la tâche à accomplir», mais il a rappelé que certains de ses prédécesseurs avaient eux aussi prêté serment en temps de crise. «Dans ces moments, a-t-il
dit, l'Amérique a gardé le cap non seulement grâce à l'habileté et à la vision de ses dirigeants, mais parce que nous, le peuple, sommes restés fidèles aux idéaux de nos ancêtres et à notre Constitution.»
Barack Obama a diagnostiqué comme suit les maux qui affligent les États-Unis: «Notre pays est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine. Notre économie est sérieusement affaiblie à cause de la cupidité et de l'irresponsabilité de certains, mais aussi à cause de notre échec collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation pour une nouvelle ère.»
Devant ces difficultés, le président, qui avait fait campagne sur les thèmes du «changement» et de l'«espoir», a mis ses concitoyens en garde contre le découragement. Les défis, a-t-il prédit, ne pourront être relevés «ni facilement ni rapidement, mais [...] ils le seront».
«En ce jour, nous sommes réunis car nous avons préféré l'espoir à la peur, la volonté d'agir en commun au conflit et à la discorde», a ajouté M. Obama dans un discours à la fois prudent et motivateur, exempt de formules idéologiques, mais souvent empreint de lyrisme.
«Nous avons des devoirs envers nous-mêmes et envers le monde», a-t-il affirmé, jumelant habilement les enjeux de politique intérieure et de politique étrangère. Dans les deux cas, le nouveau président s'est montré en complète rupture avec son prédécesseur, George W. Bush, qu'il a tout de même pris soin de remercier.
Barack Obama est devenu le 44e président des États-Unis sur le coup de midi, conformément à la Constitution américaine, avant même d'avoir prêté serment devant une immense foule qui bravait le froid hivernal.
Cette procédure a été marquée par un léger couac, lorsque Barack Obama a hésité un instant avant de répéter une phrase mal formulée par le juge en chef de la Cour suprême, John Stevens.
Le charisme d'Obama, la présence de ses deux jeunes filles et la prestation musicale de la «première dame» du soul, Aretha Franklin, ont quelque peu humanisé le cérémonial qui se déroulait sur les marches du Capitole.
Le dîner officiel a par ailleurs été assombri par les malaises qui ont saisi le sénateur du Massachusetts, Ted Kennedy, récemment opéré pour un cancer du cerveau, et son collègue de la Virginie Occidentale, Robert Byrd.
L'unique survivant de la célèbre fratrie Kennedy, qui est âgé de 76 ans, a été évacué sur une civière par des ambulanciers. «Il est conscient, il parle et il va prendre du mieux», a ensuite déclaré son fils Patrick Kennedy au réseau ABC.
Les attentes immenses envers le nouveau président, dont le taux d'approbation avoisine les 80 %, sont immenses. Les ratés de l'économie américaine interdisent cependant tout espoir de changements rapides. Malgré cela, le ton de Barack Obama demeure optimiste, même à ce chapitre.
«Nos travailleurs ne sont pas moins productifs qu'au début de la crise. Nos capacités demeurent intactes, a-t-il plaidé hier. Mais il est bien fini le temps de l'immobilisme, de la protection d'intérêts étroits et du report de décisions désagréables.»
M. Obama a résumé ainsi son ambitieux programme économique et social: «Nous agirons non seulement pour créer de nouveaux emplois, mais pour jeter les fondations d'une nouvelle croissance. [...] Nous redonnerons à la science la place qu'elle mérite et nous utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et en diminuer le coût. Nous dompterons le Soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et faire tourner nos usines.»
Il a dit sa foi dans le marché, mais rompant avec plusieurs décennies de laisser-faire économique, il a ajouté que laissé sans surveillance, celui-ci «peut devenir incontrôlable et qu'une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis». En revanche, il a promis de supprimer les programmes gouvernementaux improductifs.
En matière de politique étrangère, il a clairement indiqué que son gouvernement allait rompre avec la politique agressive et unilatérale de son prédécesseur. «Sachez que l'Amérique est l'amie de chaque pays et de chaque homme, femme ou enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes à nouveau prêts à jouer notre rôle de meneur, a-t-il dit. Avec de vieux amis et d'anciens ennemis, nous allons travailler inlassablement pour réduire la menace nucléaire et faire reculer le spectre du réchauffement de la planète.»
Il a promis au «monde musulman» de chercher «une nouvelle approche, fondée sur l'intérêt et le respect mutuels», avant de lancer cet avertissement: «À ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre ou à blâmer l'Occident pour les maux de leur société, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire.»
Le nouveau président a également promis de rester ferme contre les terroristes et de les «vaincre».
Il a mentionné au passage les deux théâtres sur lesquels des troupes américaines combattent actuellement: «Nous allons commencer à laisser l'Irak à son peuple de façon responsable et à forger une paix durement gagnée en Afghanistan.»
Barack Obama a salué le sens du devoir et le courage des militaires stationnés dans ces deux pays, mais également celui de tous les humbles qui ont peiné pour construire «la nation la plus prospère et la plus puissante» de la planète.
Il a brièvement abordé la question raciale, en rappelant qu'il y a moins de 60 ans, son père africain «n'aurait peut-être pas été servi dans un restaurant », alors que lui-même peut aujourd'hui prêter «le serment le plus sacré».
La plupart des dirigeants étrangers ont exprimé hier leur soutien pour la vedette du jour, même si certains d'entre eux ont rappelé les défis auxquels M. Obama devra s'attaquer.
«Je pense n'avoir jamais vu un jour où la communauté internationale attendait autant de l'élection d'un président américain», a résumé à ce propos Madeleine Albright, secrétaire d'État sous la présidence démocrate de Bill Clinton.
Le premier ministre britannique, Gordon Brown, a salué «un nouveau chapitre dans l'histoire américaine comme dans l'histoire du monde».
Le président français Nicolas Sarkozy s'est déclaré «résolu à travailler main dans la main» avec Barack Obama afin de «relever ensemble les immenses défis» du monde.
Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a invité le président Obama à «affronter ensemble les défis actuels: la crise financière, la situation au Moyen-Orient et en Afghanistan», tandis que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a souhaité un approfondissement des relations entre Washington et l'UE.
Le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, s'est dit certain que les États-Unis et Israël seraient sous la présidence d'Obama «des partenaires à part entière pour promouvoir la paix et la stabilité au Proche-Orient».
Le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki, a déclaré que Téhéran attendrait «les actions politiques» du nouveau président pour porter un jugement sur ses intentions envers son pays.
Le président vénézuélien Hugo Chavez, de son côté, a affirmé que la révolution au Venezuela «se poursuivra quel que soit le président des États-Unis et sa politique étrangère».
( Avec l'Agence France-Presse et Reuters )
Publié par : Marcel Charland
à 05:27:24
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